Marc-Antoine
Le 18 avril 2020
Marc-Antoine

À l’heure du Contact Tracing : 3 enjeux urgents de la confiance numérique

Le bonheur est dans l’après ? Simple rêve collectif en période de confinement, ou réelle opportunité (et risque) de prendre un virage vers d’autres modes de vie ? A l'heure du contact tracing, parlons de 3 enjeux urgents de la confiance numérique.

À l’heure du Contact Tracing : 3 enjeux urgents de la confiance numérique

Vous entendez très (trop ?) régulièrement cette expectative qui fait consensus confiné  : il y aura un avant et un après la crise sanitaire de 2020. 




Il faut dire que cette décélération rapide et forcée nous fait prendre conscience, à travers les contraintes qu’elle impose et les perspectives nébuleuses qu’elle laisse entrevoir, à quel point nous les occidentaux vivions de façon sociale, consumériste et systémique. 


Alors forcément, on profite du contexte pour réfléchir aux moyens de s’émanciper des monstres de ce système. Il faut qu’il y ait un avant et un après. Cela dit essayons de ne pas oublier non plus que ledit système a aussi des vertus, et de ne pas tomber dans le repli sur soi qui engendrerait d’autres monstres à la violence plus radicale. 


C’est le bon moment pour désirer des modes de vie, de production et de consommation plus raisonnables, avec des circuits courts et respectueux de l’environnement, des modes vie plus solidaires et protecteurs. C’est le bon moment parce qu’on risque de très vite oublier ce désir collectif qui fait consensus confiné.  




La technologie  et le numérique sont des facteurs incontournables de l’équation qui nous permettra de dessiner des solutions pour demain. Parce que ce monde d’après, dont la gestation entre dans sa dernière phase (accouche bordel !), ne sera pas plus raisonnable s’il n’est pas outillé pour le devenir. Penser que l’après, c’est revenir à avant l’avant, parce que quand on pense à l’après c’est toujours en étant nostalgique de l’avant, serait une vraie erreur. Le phénomène que l’on vit n’est pas nouveau, chaque grande transformation de la société a été suivie par un regain d'épidémie. Nous devons utiliser les moyens de notre temps pour inventer et innover dans cette opportunité de prendre le bon virage. 


Va-t-on la saisir ou se précipiter vers un retour à l’anormal ?  


La transformation digitale va s’accélérer et sera plus que jamais au cœur du prochain chapitre. Les données, les moyens d’information et de communication, les outils de travail, les systèmes d’échange, la qualité des productions, la logistique, la distribution, la santé, l’éducation, les nouvelles monnaies, les transactions, les identifications… Les applications et usages numériques sont déjà au cœur de la métamorphose économique et sociétale, et cela va s’accélérer car ce sont aussi, quoiqu’on en dise, ces nouveaux usages qui vont permettre l’émergence de modes de vie innovants plus raisonnables et respectueux. 




Le numérique doit prendre ses responsabilités à l’heure de la mise en production d’une nouvelle version de notre modèle social : l’éthique et la confiance digitale sont une urgence que tous les acteurs de la transformation actuelle doivent s’approprier autour de trois principaux enjeux.

Enjeu n°1 : la sacralisation des données personnelles



L’industrie numérique peut se mettre au service de l’innovation positive aussi bien qu’elle peut être une arme de destruction massive des libertés individuelles et de la pensée multiple. Les choix qui vont être pris en période de crise sont déterminants. Ils vont engendrer la confiance ou la défiance.  L’urgence est à l’éthique car les applications bien pensées et bien utilisées sont toujours un catalyseur de solutions à de nombreux challenges de notre époque, aussi bien pour les entreprises que pour la société. 


La protection de la vie privée et la facilité de contrôle de nos données doit être intégrée systématiquement à la conception de toute application. C’est le principe du “Privacy by Design”, que nous plaçons au cœur de nos réflexions chez Tymate.


Les données personnelles sont une ressource dont nous devons enfin mesurer et protéger la valeur. Chaque application et chaque “service” dont le modèle repose d’une façon ou d’une autre sur l’usage des données, doit permettre à ses utilisateurs de savoir quelles données sont utilisées et pourquoi. Il faut informer avec clarté, et aussi systématiser la possibilité de stopper à tout moment la lecture de ces informations. 


À moyen-terme, je préconise même que les données personnelles utilisées à des fins économiques par les applications devront faire l’objet d’une rétribution pour ceux qui en autorisent l’usage. Car la seule façon de prendre conscience de la valeur de nos “datas”, c’est justement de leur donner une appréciation palpable. Là encore attention aux dérives, la vigilance  étant que les plus démunis ne sacrifient pas leur liberté individuelle contre de l’argent.  


L’utilisation d’une application pour aider à contenir l’épidémie de COVID-19 est un bon exemple des deux usages opposés qu’il peut être fait des données personnelles : le “Tracking” d’un côté et le “Contact Tracing” de l’autre. Rand Hindi, entrepreneur génial, bioinformaticien et expert IA, ambassadeur du “Privacy by Design”, exprime cette différence :

“ le Tracking, dans son interprétation générale, est le fait de récupérer des informations personnelles sur un individu, sans que cet individu n’en soit toujours conscient, souvent sans son consentement d’ailleurs, en s’appuyant par exemple sur sa localisation ou ses centres d’intérêt. Par exemple, lorsqu’on utilise Google Maps ou Waze, on envoie sa localisation. Celle-ci va être stockée pour en faire un usage différent, comme savoir ou on est allé pour nous montrer des publicités personnalisées. Le “Contact Tracing”, tel que décrit par les chercheurs européens du projet PEPPPT—Pan European Privacy-Preserving Proximity Tracing—est un concept complètement différent : “une technologie qui permet d’enregistrer vos points de contact rapprochés par le bluetooth, de manière non géolocalisée et anonymisée, et qui permet de prévenir ces points de contacts si vous avez contracté la maladie.”

On distingue bien ici une approche qui met la technologie au service d’une cause urgente sans empiéter sur la vie privée, et une approche de surveillance contrainte inhibitrice de liberté. 


Avec l’adoption massive d’une application de “Contact Tracing”, la propagation des épidémies pourrait être contrôlée beaucoup plus rapidement. Mais ce type d’application va être confronté à un autre fléau numérique : les dogmatismes extrêmes et les “fake news” qui vont nourrir les craintes et les théories du complots à tout va. 

Enjeu n°2 : La diversité et l’authenticité des informations



C’est devenu un sport international, à l’heure ou les réseaux sociaux permettent de donner de la puissance virale aux informations parfois inventées de toute pièces ou caricaturées pour servir une idéologie : les “fake news” sont de plus en plus difficile à être contenues et identifiées. 




Des mesures multiples de vérification et de marquage des informations deviennent également un enjeu numérique impérieux. Nous devons nous outiller de systèmes objectifs d’authentification des informations afin de permettre de mesurer le niveau de confiance que l’on peut avoir dans ce qui circule.


La viralité devient véracité


Avec les réseaux sociaux, les convictions personnelles peuvent prendre, à force de partage en faction idéologique, l’apparence de faits. La viralité sur Internet est une course au succès et devient le principal indicateur de véracité.


Après avoir minimiser la valeur de nos données personnelles et le respect de notre vie privée, nous renonçons également petit à petit au respect de la vérité. Le sentiment d’impunité que procure le fait de pouvoir communiquer caché derrière un écran, derrière des intermédiaires techniques, de possibles fausses identités ou l’anonymat, ainsi que la culture du “gratuit” dans les nouveaux usages numériques sont les fondements de ce glissement.


Si l’on ne peut empêcher totalement la fabrication de “fake news” ou pire de “deep fake”, des incitations à ne pas les générer, les diffuser tout comme les solutions pour les détecter et les identifier, doivent se généraliser. Autant que des moyens de lutter contre la pensée unique alimentée par le modèle des réseaux sociaux, qui nous proposent des contenus trop systématiquement en phase avec nos centres d’intérêts et nos modèles de pensées, favorisant ainsi la radicalisation des opinions quelle qu’elles soient.

Je pense comme toi donc nous avons raison.


Il n’y a plus de débat mais des guerres d’opinions avatarisées ou des meutes dogmatique